Le 17 novembre dernier, je me casse bêtement la jambe en apprenant à faire du ski à ma petite fille, la saison de ski démarrait très mal et premier confinement ! …

Début mars mon chirurgien me dit que je peux recommencer à skier avec prudence, voilà une bonne nouvelle, d’autant plus que pour la troisième semaine mes collègues organisent une semaine de skis de randonnées à partir de St Véran dans les Htes Alpes. Tout heureux, je décide de me joindre à eux, mais deux jours avant le départ tout est annulé, le covid19 m’impose un deuxième confinement.
Le 11 mai levé du confinement avec une liberté retrouvée dans un rayon de 100 km. Le 18 mai j’ai une ultime radio de contrôle, tout est parfait, aucune contre-indication.
Adieu l’horizon borné à un kilomètre, un coup d’œil sur la webcam installée au col du Lautaret me montre que le départ du Combeynot est encore enneigé, l’envie est trop forte d’autant plus que mon camping-car lui aussi perd patiente. Pas de collègue de disponible, tant pis j’irai seul car mon épouse ne veut pas m’accompagner.
Je quitte Grenoble le 20 en milieu d’après midi, direction la vallée de la Romanche, Bourg d’Oisans, la rampe des Commères,

le barrage du Chambon, son lac est bien rempli,

mais en aval la Romanche ne coule pratiquement plus dans son lit. Les hommes en ont décidé autrement en l’obligeant à emprunter des conduites forcées et autres boyaux sous terrains pour la faire travailler tout au long du grand du plus grand chantier hydraulique d’EDF. A terme 6 vieilles centrales et 5 barrages désuets qui jalonnaient cette vallée encaissée vont être supprimés, on ne verra plus rien, tout est sous-terrain.
Je passe La Grave encore endormie par le Coronavirus, les hôtels sont fermés et la télécabine des vallons de la Meige a rangé ses nacelles sur la terre ferme.

Villard d’Arène, un peu à l’écart de la route semble aussi en sommeil, ces villages résolument tournés vers le tourisme doivent beaucoup souffrir.

Arrivée au col du Lautaret, je me gare sur le terre-plein face au Combeynot légèrement encapuchonné.

La température est douce 17°C, deux fourgons passeront également la nuit, un cyclotouriste en mal de tours de roue et un jeune qui ira faire du kit-surf sur le lac de Serre-Ponçon.
Petite balade à pieds, le bistro et l’hôtel du col sont fermés,


la route du col du Galibier également, mais pour d’autres raisons, (son déneigement a commencé coté Valloire, les engins de déneigement doivent à certains endroits faire une tranchée dans des congères qui dépassent encore les 7m d’épaisseur).

Je m’avance un peu en direction de la langue de neige la plus basse pour me faire une idée de la marche d’approche, celle-ci doit reculer d’une bonne dizaine de mètres par jour, voire plus. C’est ici que prend naissance la Guisane qui va rejoindre la vallée de la Durance, quelques mètres plus à l’ouest, l’eau prendra l’autre versant du col pour alimenter la Romanche qui ira vers l’Isère, pourtant toute ces eaux sont issues du même névé.



Quelques parapentistes font de petits vols en partant du sommet de la petite bute du Serre Orel, la soirée est douce et agréable, vive la Liberté!

La balade que je prévois de faire demain est une belle course de ski alpinisme, elle se déroule plein nord et ne se fait généralement qu’en fin de saison pour un maximum de sécurité une fois que toutes les pentes sont bien purgées. Elle est coté difficile et certaines pentes frisent les 40° surtout sous le sommet, mais je la connais assez bien pour l’avoir faite plusieurs fois, par contre étant seul et compte-tenu de mon état de forme, je sais que je n’arriverai pas au sommet. J’ai d’ailleurs décidé de ne pas y aller si par mal chance il n’y avait pas d’autres randonneurs en partance, mais de ce coté là je suis assez confiant car elle est très prisée.
Après une excellente nuit je prends le petit déjeuner à 6H45 et déjà les premiers skieurs arrivent, donc tout va bien. A 7H30 je quitte mon camp de base skis sur l’épaule et peaux de phoques collées sur la semelle,

la langue de neige est vite atteinte, il ne fait pas très froid et à défaut d’un fort regel, la neige est tout de même dure et bien portante, à cette saison c’est de la neige de névé, donc très compacte.

Dès que la pente se redresse, je mets rapidement les couteaux, c’est en quelques sorte l’équivalent des crampons qui permet d’avoir une accroche latérale du ski sur neige dure.
Première combe qui se redresse un peu sur son sommet,

deuxième combe qui permet d’obliquer vers l’ouest. Les avalanches descendues des rochers qui forment ce premier cirque ont bien été aplanies par le gel et le regel.

La combe est bornée à l'ouest par une pente raide que l’on franchie en travers.


J’atteins une grande pente latérale qui surplombe en contre bas le vallon du Laurichard, également grande classique à skis qui reste longtemps enneigée avec son orientation nord-est. C'est aussi en été une très belle balade à pieds avec également un départ du col du Lautaret, qui offre un point de vue magnifique sur la vallée du plan de l'Alpe et les massifs glacières de La Grande Ruine et de la Meije.

J’arrive au pied de la dernière combe qui monte tout droit jusqu’aux crêtes du Combeynot. Normalement, on atteint par une petite arête le Pic ouest (sur la gauche du col neigeux) qui culmine à près de 3200m, les dernières pentes forts raides se font souvent skis sur le sac et en crampons. Pour ma part, je suis à 2800m et je vais en restant là, d’une part parce que je suis assez fatigué, la neige n’est pas très bonne, très dure, encore gelée avec pas mal de coulées qui forment de vrais toboggans et l’autre raison, c’est que de nombreux skieurs plus véloces commencent à redescendre et je ne veux pas me retrouver seul.

J’enlève les peaux des skis et je redescends jusqu’au sommet de la deuxième combe pour un peu profiter de la vue sur le massif de la Meije et la combe du Laurichard en contre bas. Au soleil, je me refaire une santé tout en surveillant, bien sûr, les skieurs qui redecendent afin de ne pas me retrouver dernier à descendre, ce qui serait fort imprudent de ma part.

C’est avec de grandes précautions et un peu d’appréhension que j’entame les premiers virages, la gamelle est interdite car je surplombe des barres rocheuses. Dans les combes la neige est plus douce et plus facile à skier, c’est même un vrai régal et c’est pour moi un réel bonheur de conclure ce qui sera probablement ma première et dernière balade de la saison.
Arrivée au camping-car je téléphone à ma femme pour la rassurer car je sais qu’elle était un peu inquiète, il est midi.
Voilà la conclusion d’une belle journée qui ouvre la porte vers un renouveau certain.
Sur le chemin du retour, je m’arrêterai plusieurs fois pour faire durer le plaisir, la Meije et le Rateau sont illuminés de soleil,

sur l’autre versant de la vallée les magnifiques cascades qui descendent du plateau d’Emparis dévalent à gros bouillons et vont alimenter les flots impétueux de la Romanche.




Je rentre à regret sur Grenoble en ayant fait un joli pied de nez aux aléas de la vie et bien décidé à vivre de nouvelles balades.
Je recommande très fortement à ceux qui passent par là, de faire escale au col du Lautaret, le cadre est exceptionnel, les balades faciles (vallon du Laurichard) permettront d'approcher la faune et la flore alpine. Le Jardin Botanique Alpin du Lautaret installé au col est un conservatoire de la biodiversité végétale des montagnes du monde, une pure merveille.

A bientôt.





